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Butte-aux-Cailles : Miss.Tic presque à nue

16 juin 2009 - Olivier Uzel

Impossible de se promener dans le fameux quartier de la Butte-aux-Cailles sans apercevoir une œuvre murale de Miss.Tic. Ses pochoirs pleins de poésie sont signés du pseudo sous lequel l’artiste sévit depuis plus d’une vingtaine d’années dans les rues parisiennes. Portrait et illustrations.

Il y a deux ans, le grand public la découvrait enfin comme l’auteur de l’affiche de La Fille coupée en deux, de Claude Chabrol. Jusque-là, elle était restée anonyme et sans visage.

Quelques faits marquants de sa vie d’artiste ne suffiront probablement pas à comprendre les coups de cœur et appels à l’aide qui constituent son œuvre. Mais, chercher à appréhender qui se cache derrière ce personnage « mystique », c’est peut-être déjà un peu la connaître...


Ses débuts mouvementés et son premier coup de bombe...

Elle naît à Orly en 1956. Ses parents meurent successivement quand elle est jeune adolescente. Elle quitte alors sa ville natale pour Paris et s’installe dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Au fil des rencontres avec des artistes, elle intègre une troupe de théâtre.

S’ensuit une parenthèse de deux ans aux Etats-Unis où elle fréquente les milieux underground de New York.

A son retour en France, elle rejoint les Frères Ripoulin et Vive la peinture (VLP), activistes « détourneurs » d’affiches. Une rupture amoureuse est le prétexte à son premier pochoir, qui sera un ultime message adressé à l’homme aimé. Elle bombe « J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs ». Signe Miss.Tic et, pour incarner son texte, dessine son autoportrait.

Miss.Tic n’est autre que la signature trouvée dans un vieil album de Picsou, qu’elle a décidé d’adopter dans les années 1980.

© Miss.tic, Raoul
sur son site officiel

Les premiers pas de Miss.Tic

En 1985, elle effectue ses premiers pochoirs sur les murs de la capitale, un art alors méconnu qui lui ouvre les portes des salles d’expositions parisiennes. L’année suivante, elle présente son travail à la Galerie du Jour Agnès B, dans le 2e arrondissement.

Ensuite, c’est l’ascension fulgurante : les marques de luxe la réclament et les musées étrangers, comme le Victoria and Albert Museum de Londres, achètent ses œuvres. Le street art émerge à cette époque, et le pochoir (ou stencil graffiti), importé des Etats-Unis, connaît ses premiers représentants en Grande-Bretagne avec Banksy, puis sur les murs français avec le plus connu Blek Le Rat, inspiré des classiques de l’histoire de l’art. Pourtant, en 1999, Miss.Tic est condamnée à verser près de 4 000 euros (22 000 francs à l’époque) au propriétaire d’un immeuble sur lequel elle avait écrit « Egérie et j’ai pleuré ».

La pochoiriste de la Butte-aux-Cailles

Trente ans après ses débuts, sa soif de liberté anime les murs de nombreux quartiers de la capitale, et elle signe toujours du même pseudo. Difficile de trouver un surnom plus adapté, sa mystique identité n’étant toujours pas dévoilée. Son vrai nom reste un mystère ; même sa boîte aux lettres à la Butte-aux-Cailles porte son pseudo.

C’est dans ce quartier plein d’histoire du 13e arrondissement où elle réside aujourd’hui qu’on croise la plupart de ses pochoirs. Les passants de la rue Barrault ou de la place Verlaine ne peuvent pas rater la femme sexy en jupe noire légendée d’une phrase à double sens.

Maîtresse plus que mère, elle n’a jamais eu envie d’avoir un enfant. Cette libertine féministe aura passé toute sa vie, ou presque, à s’exprimer à coups de peintures sur les murs, usant de jeux de mots provocants mais non moins pertinents et poétiques. Une véritable lettrée qui manie le vocabulaire avec précision et doigté...

Une pionnière du street art en France sortie enfin de l’underground...

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© Olivier UZEL

 





 

 



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